Textes d'écrivants 2

Sur l'île

J’étais resté assis à regarder son habitation de guingois, l’ingéniosité du système d’irrigation, les parcelles restées en état, ses arbres fruitiers. Cependant son jardin maraicher pris d’assaut par les broussailles, les premières pousses d’arbuste  ne mettraient plus beaucoup de temps à regagner les terres cultivées par la main de mon père.

Depuis combien de temps ? Je ne sais plus, j’étais resté là, prostré abattu sans réaction.

Au départ, au départ, je n’ai  pas réalisé. En tout cas ce qu’il m’arrivait. Je me retrouve à l’endroit indiqué sur la carte de l’île au lieu exact, sur ses quelques hectares où il passa le plus clair de son temps. J’avais foulé les terres de mon père en exil. Oui mais voilà je me retrouve assis orphelin, la tête entre les genoux pliés par mes mains bleuies par la rage.

Pourquoi m’avoir caché son existence ? Au dernier rang des bêtes de proie, le mensonge braque vers moi ses griffes empoisonnées.

Un instant je relève la tête. Si peu de temps il m’a manqué. Nature vorace, je vois ton sourire narquois sur les nervures de tes branches tentaculaires. Serpente jusqu’à moi. Viens me saisir les pieds, fais en autant avec les pilotis de sa frêle maison.

Il m’a manqué deux saisons, une année. J’aurai pu te revoir, te serrer dans mes bras pendant de longues minutes, pour l’éternité.

Ainsi je suis prostré, la tête entre les genoux.

Mais après, mais après ? Incapable d’échanger les moindres mots. À tout jamais une fêlure. Nous n’avons jamais vécu d’évènements communs. Mon enfance, ma vie sur le continent, mes cauchemars jamais tu étais là pour me secourir, mes pas d’adulte une fois de plus tu demeurais aux abonnés absents.

À quoi bon croire que tes caresses me suivront jusque dans la poussière.

                         Pierre réveille-toi ! Il est peut-être préférable qu’il ne soit plus là.

Je me surprends à penser d’un  semblant de retour à la vie sur cette île, sur son île.

Peut-être bientôt Je viendrais à sourire, à m’imaginer danser autour de ton ombre au paradis retrouvé. Me Laisser aller, crier la joie de vivre, jubiler à l’idée d’offrir un départ à zéro à notre ile.

Giovanni, Groupe Chantier

 

Mon cher Michel



C’est ici qu’il faut venir, le soir, à la tombée des vents, à la montée des vagues reposées, au vertige des parfums qui s’extraient alors de la terre.
Tu sentiras cette rosée du soir se coller à ta peau. Alors, plonge pour te rafraîchir, te laver de tes grandes fatigues et de tes poignantes nostalgies,
dans cette eau devenue noire où s’étirent de grandes étoiles.
Si tu veux – le café ne ferme pas – on pourra s’étendre sur des transats. Ils seront poisseux, comme nos visages, nos mains, de cette humidité  si féconde en couleurs et en fruits. On demandera deux serviettes bien sèches et on parlera et on se taira jusqu’à ce que le ciel pâlisse et que les vagues fraîchissent. Tu retrouveras, ici, dans notre île, cette sensation apaisante d’éternité.
De ma fenêtre dont je viens d’ouvrir les volets en les claquant bien fort – c’est maintenant le matin tout frais – j’aperçois les lignes fines, élégantes des cocotiers que tu aimes tant ! Derrière, les vagues qui blanchissent sur la barre de corail à grand fracas. Je m’ébroue dans le ciel bleu. Quand je te dis que c’est ici qu’il faut venir !
A bientôt donc, mon cher Michel !
Atelier du lundi, formes brèves